BOGOTA | Santa Rosa, la culture de la coexistence

VUE DE LA TERRE | La ville organique ? Si nous l’avons imaginée verte et productive, elle n’en est pas moins vivante et humaine. Petit plongeon dans la vie quotidienne d’une communauté bio’urbaine. À découvrir en images…

 

Direction la communauté Santa Rosa dans le quartier de San Cristobal au sud de Bogota. Accompagnés de Raphael et Laëtitia, tous deux en service civique au sein de la Fondation franco-colombienne ‘Proyectar sin Fronteras’, nous suivons la chronologie d’une coexistence complexe et de tensions sociales teintées d’histoire. Pourtant ici, si certaines familles ont commencé à semer, c’est peut-être qu’elles en récoltent plus que de simples laitues. Une autre histoire de cultures…

 

Une urbanisation complexe…

30 minutes de bus du centre historique de Bogota et nous voilà à Santa Rosa. Sur les hauteurs de la ville, nous découvrons les fondations d’une urbanisation marquée par les difficultés et les irrégularités depuis son édification dans les années 90.

En 2001, le quartier est classé comme zone de risque élevé de glissement de terrain par les autorités locales. Et si Santa Rosa est encore debout, c’est qu’au sein d’un même pâté de maisons certaines habitations sont considérées à risque élevé quand d’autres non, limitant la possibilité de démolition des propriétés ainsi que la réhabilitation des logements à risque.

 

Des tensions sociales…

Au fil des marches, nous comprenons que l’urbanisation à Santa Rosa, au delà des infrastructures, est surtout l’histoire d’une coexistence multiculturelle et multiethnique complexe, entre population historique, réinsérée et déplacée.

En 2011, plus d’une centaine de familles démobilisées des groupes de guérilla M19, ELN et Farc bénéficient de programmes de réinsertion et de financement et viennent s’installer à Santa Rosa. Les premières tensions apparaissent avec les familles initialement résidentes, des populations de catégories socio-économiques vulnérables.

En 2013, en raison des conflits qui affligent le pays, Santa Rosa voit également arriver un grand nombre de familles déplacées des zones ouest du Pacifique qui investissent illégalement les habitations scellées, considérées depuis 2001 comme zones à haut risque. Une situation qui affecte encore davantage la dynamique sociale avec une stigmatisation systématique entre «propriétaires» initiaux et «envahisseurs».

Aujourd’hui, Santa Rosa est divisée en deux zones bien distinctes. D’un côté, on retrouve les habitations endommagées dans lesquelles résident les familles déplacées par les conflits armés, essentiellement afro-descendantes, avec des conditions d’hygiène précaires et une absence presque totale de services publics. De l’autre côté, on y retrouve les habitations à moindre risque, sans détérioration significative et n’ayant pas été libérées par leurs propriétaires initiaux, une population métissée d’origine indigène.

 

Au carrefour de l’espace public…

L’insalubrité de certaines habitations couplée à la gestion inadéquate des déchets ajoute un peu plus à la fracture sociale du quartier, avec une absence totale de sensibilisation à l’environnement et de conscientisation à l’occupation de l’espace public.

La formation de bennes à ordures dans les rues et l’utilisation abusive de l’espace public est aussi à l’origine du malaise communautaire, des querelles et des tensions.

 

L’agriculture urbaine pour semer la confiance…

Mais aujourd’hui, c’est un autre tableau que nous voulons vous peindre. Nous retrouvons Raphael qui anime un atelier de fabrication de bio-fertilisants avec quelques femmes de la communauté. Le projet Sembrando Confianza – En semant la confiance – veut rompre avec l’intolérance, le manque de respect et l’absence de communication au sein de la communauté.

Un processus initié par des ateliers de formation aux pratiques de réutilisation et de recyclage pour la création de jardins urbains destinés à la production alimentaire.

En plus de promouvoir une nouvelle économie dans les familles participantes, les 20 jardins familiaux établis, basés sur la participation communautaire, ont permis de réduire la quantité de déchets tout en renforçant l’appropriation de l’espace public par les membres de la communauté.

Rencontre avec trois piliers du programme : Paula, Aida et Damaris. Elles qui ne se connaissaient pas il y a encore quelques années nous le prouvent avec une complicité non cachée : l’agriculture urbaine à Santa Rosa a su favorisé la construction et le renforcement du tissu social, en favorisant une coexistence harmonieuse au sein de la communauté.

 

Pour en savoir plus sur notre exploration de la Colombie, c’est par ici !

 

 

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